Mes tribunes
Le corps des femmes n’est pas un terrain d’expertise génétique- 6 avril 2026
La décision annoncée du Comité international olympique de réintroduire des tests génétiques dits de « féminité » en vue des Jeux olympiques de 2028 marque une rupture grave avec les principes fondamentaux du sport et des droits humains. Présentée comme une mesure d’équité, elle constitue en réalité une régression historique, scientifique et juridique.
Ces tests, abandonnés à la fin des années 1990, n’ont jamais démontré leur pertinence. Ils reposent sur une vision simpliste et dépassée du sexe biologique, réduisant l’identité des femmes à la présence ou non d’un gène. Or, la réalité scientifique est bien plus complexe : la diversité des corps, des chromosomes et des caractéristiques sexuelles ne peut être enfermée dans une définition binaire stricte sans produire d’injustices.
En ciblant exclusivement les compétitions féminines, ces dispositifs instaurent une suspicion généralisée à l’égard des sportives. Ils exposent certaines d’entre elles — souvent issues de minorités ou présentant des variations du développement sexuel — à des procédures intrusives, humiliantes et stigmatisantes. L’histoire du sport est malheureusement jalonnée de ces pratiques de contrôle du corps des femmes, toujours justifiées au nom de l’équité, mais systématiquement dénoncées pour leur violence.
Au-delà de leur caractère discriminatoire, ces tests posent un problème juridique majeur. En France, le recours à des analyses génétiques est strictement encadré par la loi de bioéthique, qui en limite l’usage à des finalités médicales ou de recherche. Imposer de tels tests à des athlètes reviendrait à contourner ce cadre protecteur et à ouvrir la voie à des dérives inacceptables.
Le sport ne peut prétendre incarner des valeurs universelles tout en instituant des mécanismes d’exclusion fondés sur des critères biologiques contestés. L’équité sportive ne saurait justifier l’atteinte à la dignité, à la vie privée et aux droits fondamentaux des personnes. Elle ne peut non plus s’appuyer sur des outils scientifiques fragiles pour légitimer des décisions aux conséquences humaines lourdes.
Face à cette situation, il est urgent que les autorités françaises, européennes et internationales prennent position. Il est tout aussi essentiel d’ouvrir un débat transparent, associant scientifiques, juristes, athlètes et organisations de défense des droits, afin de construire des règles réellement justes, inclusives et respectueuses des individus.
D’autres voies existent. Le mouvement sportif a déjà engagé des réflexions pour concilier équité et inclusion, notamment à travers des approches fondées sur des critères de performance ou des politiques plus nuancées. Plutôt que de revenir à des pratiques disqualifiées par l’histoire, il faut poursuivre ces travaux avec exigence et responsabilité.
Le corps des femmes n’est pas un problème à résoudre. Il n’est pas un objet de contrôle. Il n’est pas un test.
Il est temps de le rappeler.
Les femmes ne sont pas des soupapes 2 avril 2026
Les femmes ne sont pas des soupapes. 🤬
En 2026, on en est encore là ?
Dans un article du Le Figaro sur la santé mentale des rugbymen, le président de la commission médicale de la LNR, explique qu’il est important pour les joueurs d’avoir une compagne comme « soupape de sécurité ».
Stop.
Ce n’est pas une maladresse. C’est un système, et c’est un problème;
- Un problème de représentation des femmes
- Un problème de compréhension de la santé mentale
- Un problème de responsabilité
Les femmes ne sont pas là pour absorber, réguler, réparer.
La santé mentale ne se délègue pas.
Elle se construit, elle s’accompagne, elle se travaille.
Ce type de discours :
- infantilise les hommes
- instrumentalise les femmes
- et banalise des modèles relationnels déséquilibrés
Et après, on parle de risques psychosociaux ?
En tant que psychothérapeute et président de l’association Alice Milliat, je le dis clairement :
On ne peut pas prétendre prendre au sérieux la santé mentale et continuer à tenir des propos d’un autre âge.
Les sportifs méritent mieux.
Les femmes méritent mieux.
La société mérite mieux.
Question simple : jusqu’à quand va-t-on tolérer ce type de discours dans le sport professionnel ?
lien vers l'article: https://lnkd.in/e_d27Xy5
Inauguration Statue Alice Milliat 26 juillet 2025
JO paritaires : un an après, mythe ou réalité ?
Le 26 juillet 2024, Paris accueillait les premiers Jeux Olympiques paritaires de l’histoire. Un évènement salué comme un moment de bascule dans le monde du sport : pour la première fois, femmes et hommes étaient représentés à égalité dans les compétitions. Cette avancée, revendiquée de longue date par Alice Milliat, marquait enfin la reconnaissance officielle de ce que les sportives du monde entier ont toujours prouvé sur les terrains : leur place est pleine et entière.
Ce même jour, dix statues représentant dix grandes figures féminines Françaises reconnues mondialement, dont Alice Milliat, étaient dévoilées au cœur de la cérémonie d’ouverture. Un hommage puissant, symbolique, spectaculaire. Pour la première fois, la visibilité des femmes dans le sport s’imposait dans une scénographie mondiale, devant des milliards de spectateur·ices.
Un an plus tard, jour pour jour, ces dix statues de femmes en or, retrouvent une place à Paris, Porte de la Chapelle, à 100 mètres de l’Esplanade Alice Milliat elle aussi inaugurée en ce jour anniversaire. C’est un ancrage fort, un geste architectural et politique. Mais c’est aussi une question que nous posons : la parité dans le sport n’a-t-elle été qu’un feu d’artifice d’été ou marque-t-elle une transformation réelle et durable ?
Car la parité dans les chiffres ne raconte pas tout. Et surtout, elle ne suffit pas.
Il y a un peu plus de cent ans, Alice Milliat organisait les premiers Jeux Olympiques féminins le 20 aout 1922. Une initiative de résistance, face au refus obstiné du Comité International Olympique d’accueillir les femmes comme athlètes ; "Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte", estimait le père des Jeux Olympiques modernes. Alice Milliat l’avait bien compris : pour être visible, il faut créer ses propres structures, inventer ses propres espaces, forcer les portes.
Depuis dix ans, l’association Alice Milliat prolonge cet héritage, au croisement du féminisme sportif et de la mémoire historique. Dix ans de mobilisation, de plaidoyer, d’actions concrètes. Dix ans pour rappeler que la mémoire n’est pas un luxe, mais un outil pour avancer. Après l’inauguration d’une statue au CNOSF en 2021, cette année 2025 marque une reconnaissance majeure : le 19 juin dernier, lors de son assemblée générale, le CNOSF a officiellement intégré l’association comme membre associé au même titre que le comité Coubertin. Une étape institutionnelle décisive. Une manière de dire que le combat pour l’égalité femmes-hommes dans le sport est désormais pleinement reconnu dans les instances qui structurent le sport français.
Le féminisme, c’est aussi au stade qu’il se joue !
Mais cette reconnaissance ne suffit pas. Car derrière les chiffres de parité se cache encore une réalité contrastée En 2015, seuls trois équipements sportifs en France portaient le nom d’Alice Milliat. Grâce au travail de mémoire de l’association c’est, à date plus de 80 équipements à son nom. Ce chiffre reste modeste face aux milliers de lieux baptisés du nom d’hommes, mais il montre qu’un basculement est en cours. Le sport n’est plus seulement un espace masculin par défaut : il devient peu à peu un terrain partagé.
Derrière les statues, les cérémonies et les annonces, la réalité du quotidien est plus contrastée. Les sportives ont encore moins de temps d’antenne que leurs homologues masculins. Elles sont moins bien payées, moins médiatisées, moins soutenues. Elles accèdent encore rarement aux postes d’encadrement, à la direction technique, à l’entraînement de haut niveau.
Les Jeux de Paris ont amorcé une transformation. À nous de la prolonger. La mémoire ne doit pas être un exercice de style, mais un moteur d’action. Honorer les figures féminines du sport, c’est bien. Mais cela doit s’accompagner de moyens, de décisions, d’investissements. Il ne s’agit pas seulement de réparer le passé, mais de construire un futur plus équitable.
Faut-il une statue pour chaque héroïne invisible ? Peut-être. Mais surtout, il faut construire un récit collectif qui ne les oublie plus, une histoire du sport qui ne laisse plus les femmes sur le banc de touche. Une politique qui ne se contente pas d’égaliser les quotas, mais transforme en profondeur les pratiques, les représentations, les règles du jeu. Qu’elles voient dans l’espace public, sur les murs de leurs gymnases ou leurs stades, des noms qui leur ressemblent.
Ce 26 juillet 2025, nous redécouvrons ces dix statues, symboles d’un héritage qu’on ne peut plus effacer. Mais c’est aussi un appel. Un appel à celles et ceux qui veulent que l’égalité ne soit pas un slogan, mais une réalité ancrée.
Alice Milliat disait : « Les femmes doivent participer aux compétitions parce qu’elles sont des êtres humains, et qu’en tant que tels, elles ont droit à la même liberté que les hommes. »
Un siècle plus tard, sa voix résonne encore. Elle est désormais gravée dans le bronze, et dans l’histoire. À nous d’en faire une force d’avenir
Jeux paritaires, statues dorées… et après ? 26 juillet 2025
Par Aurélie Bresson, présidente de la Fondation Alice Milliat et Eric Florand, président fondateur de l’Association Alice Milliat
Le 26 juillet 2024, le monde entier saluait un tournant historique : pour la première fois, les Jeux Olympiques affichaient une parité parfaite entre femmes et hommes. Un geste symbolique d’une force indéniable. Un an plus tard, jour pour jour, dix statues des dix femmes en or mise en avant lors de la cérémonie d’ouverture – dont celle d’Alice Milliat – retrouvent leur place à Paris, à deux pas de l’Esplanade qui porte désormais son nom.
L’image est belle. Mais suffit-elle à faire basculer le mythe dans la réalité ?
Depuis cent ans, l’histoire du sport féminin se joue entre ombre et lumière. En 1922, Alice Milliat organisait les premiers Jeux Mondiaux féminins pour pallier l’interdiction des femmes à participer aux Jeux Olympiques. En 2024, c’est enfin la reconnaissance mondiale : égalité dans les chiffres, visibilité sur la scène planétaire.
Des avancées ? Oui. Une victoire ? Pas encore.
Pourtant, derrière cette vitrine dorée, la réalité du quotidien sportif reste obstinément déséquilibrée. La parité dans le sport est-elle désormais acquise ? Pas tout à fait. Elle est, à ce jour, encore largement symbolique, parfois cosmétique. L'égalité d’accès aux équipements, aux postes d'encadrement, à la médiatisation et aux financements reste un horizon encore lointain. Les chiffres ne racontent pas les inégalités structurelles que vivent les sportives au quotidien.
Les statues et les cérémonies ont leur importance. Mais elles ne sauraient masquer les inégalités qui perdurent dans les faits. Elles doivent ouvrir la voie à des politiques ambitieuses, à une transformation réelle et durable du sport. L’objectif n’est pas simplement de rendre hommage à des pionnières : il s’agit de ne plus laisser les sportives d’aujourd’hui invisibles, sous-financées, reléguées.
Le sport reste un lieu de pouvoir. Tant que les femmes y sont sous-représentées dans les instances de décision, tant qu’elles ne sont pas aussi visibles, aussi financées, aussi valorisées que leurs homologues masculins, la parité relèvera encore du mythe. Un mythe utile, mobilisateur, mais un mythe tout de même.
Ce 26 juillet, nous célébrons la mémoire d’Alice Milliat. Mais surtout, nous lançons un appel : que cette mémoire se transforme en levier de changement réel. Que la parité ne reste pas un instantané olympique, mais le socle d’une révolution durable.
Alice Milliat disait : « Les femmes doivent participer aux compétitions parce qu’elles sont des êtres humains, et qu’en tant que tels, elles ont droit à la même liberté que les hommes. »
Un siècle plus tard, il ne suffit plus d’en ériger la statue. Il faut en faire vivre le sens